La pêche dans le sud-ouest de l'Amazonie au cours de l'Holocène: étude des sites de Loma Salvatierra (Bolivie) et Monte Castelo (Brésil)

thèse en co-tutelle avec le Muséum national d'histoire naturelle et l'Université de São Paulo (Brésil)
Cette thèse en co-tutelle entre le Muséum national d'histoire naturelle et l'Université de São Paulo (Brésil) se tiendra à l'auditorium de la Grande Galerie de l'Evolution le jeudi 14 décembre à 14h. devant un jury composé de : Peter Stahl, Professeur, University of Victoria, Rapporteur (Canada) Heiko Prümers, Directeur de Recherche, Deutsches Archäologisches Institut, Rapporteur (Allemagne) Doyle McKey, Professeur, CNRS Montpellier, Examinateur (France) Françoise Grenand, Directeur de Recherche émérite, Centre de recherche de Montabo, Examinatrice (Guyane) Philippe Béarez, Directeur de Recherche, UMR 7209, Muséum national d’histoire Naturelle, Directeur de thèse (France) Eduardo Góes Neves, Professeur, Universidade de São Paulo, Directeur de thèse (Brésil)

Résumé :

Les zones interfluviales amazoniennes ont été souvent vues comme des territoires sans eau. Cependant, un grand nombre de recherches archéologiques se développent actuellement dans l’interfluve entre le Rio Mamoré et le Rio Guaporé et contribuent à changer cette image. Bien qu’aujourd’hui assez désertée, la région a été intensément occupée au cours des derniers 8000 ans. Ces nombreuses populations ont transformé des zones inondées en paysages modelés grâce à la construction d’amas coquillers, chaussées, canaux et plateformes monumentales (lomas). De nombreux aménagements hydrauliques sont associés à ces monticules (des canaux connectaient ces plateformes à un réseau d’étangs artificiels) faisant émerger l’hypothèse que ces systèmes pourraient être liés à une activité piscicole. A partir de l’étude de l’ichtyofaune des sites de Loma Salvatierra (occupé entre 400 et 1400 après J.-C.) et de Monte Castelo (occupé entre 7300 avant J.-C. et 1250 après J.-C.) cette thèse s’attache à étudier : 1) l’exploitation des ressources aquatiques en lien avec la fonctionnalité de ces aménagements, 2) la diversité ichtyofaunique et son évolution au cours de l’Holocène.

A Loma Salvatierra, la prédominance de poissons de petite taille typiques des eaux stagnantes (Hoplosternum sp., Hoplias sp., Loricariidae) suggère que les dépressions d’origines naturelles et les structures aménagées (canaux, étangs, réservoirs) auraient été exploitées comme de potentiels lieux de pêche. Sur ce site, nous avons pu constater une pêche sélective orientée sur un groupe de poissons peu connus de la pêche commerciale : les anguilles de marais (Synbranchus spp.). Une étude sur les saisons de capture menée sur les vertèbres de Synbranchus marmoratus a aussi permis de montrer que la pêche était pratiquée sur l’ensemble de l’année. Ces résultats remettent en question l’idée de la pêche en tant qu'activité exclusivement saisonnière.
A Monte Castelo, sur une séquence d’occupation de 8000 ans, on observe une constance de poissons typiques des milieux d’eaux peu profondes et stagnantes, adaptés à survivre en saison sèche. Cette tendance évolue dans les couches datées de 4000 ans où une augmentation progressive des taxons de petite taille pourrait indiquer l´expansion des aires de forêts inondées. Les poissons identifiés sur ces sites archéologiques sont majoritairement de petite taille et typiques des milieux marécageux, une image qui s’oppose à celle des pêches commerciales actuelles en Amazonie. Cette étude des systèmes de pêche précolombiens du sud-ouest amazonien révèle que l’Homme n’a pas seulement modifié le paysage terrestre mais aussi les milieux aquatiques. Ces systèmes démontrent la diversité des modes d´appropriation de ces savanes, des stratégies de pêche adoptées, mais aussi le façonnage des milieux pour la pêche, exprimant, de ce fait, la pluralité des savoir-faire de la gestion de ces paysages amazoniens.

Mots clés : Pêche pré-hispanique, Archéologie amazonienne, Archéo-ichtyologie, Amas coquillers, Sclérochronologie